mercredi 25 mai 2011

Musique pour un film absent


Il y a des lumières de poésie qui invitent naturellement à la réflexion. Comme une part d’indicible dans ces paysages que l’on a tous côtoyé une fois au moins à travers la vitre d’un train, une fin de journée d’été vers 21h ou un matin glacé d’automne. Je crois que je ne compte plus ces moments où je voudrais quitter ces périples ferroviaires, briser ces vitres et me retrouver illico dans les étendues insoupçonnées que le soleil baigne -peu ou beaucoup -à rendre tout pouvoir, toute leur sensibilité .Un rayon et tout bascule. Tout se bouscule.


J’ai toujours eu la conviction que la musique pouvait merveilleusement accompagner ces océans d’émotions, même si elle n'est pas indispensable. Mais pas n’importe quelles musiques. Tout comme il ne suffit pas qu’un paysage - aussi magnifique soit-il - défile pour que la musique écoutée un instant soit en parfaite adéquation. Je pense même à l’inverse qu’il y a d’autant plus d’intérêts dans les formes rugueuses, les endroits méconnus d'où une lumière extirpera leur mélancolie ; ce côté affectif donnant vie à ce qui paradoxalement reste inébranlable.


En tentant de ne pas tomber dans un cliché, cette adéquation est le résultat d’expériences des derniers mois passés. Elle coïncide avec la rencontre de Jean-Philippe Collard-Neven que je n’ai cessé d’écouter bien avant qu’il devienne un de mes professeurs au Conservatoire. Et puis au-delà de cette posture un peu intimidante et archaïque, c’est un compositeur et interprète que j’estime beaucoup, pour son approche éclectique, sa philosophie musicale, son accessibilité. Et puis voilà, il y a cette aptitude à décloisonner des genres et les faire vivre ensemble dans une et seule même carrière, comme une évidence: venu du classique, passionné par la musique contemporaine, féru d’improvisation et de jazz, bercé par les musiques «non-savantes» - comme si la musique populaire ne savait rien - les musiques de films français des 60’s, 70’s ou encore la chanson (voir la biographie-interview complète sur Piano Bleu).

Et ce n’est pas par hasard que les extraits que je vous propose viennent tout droit de musiques composées pour des pièces de théâtre, vouées comme beaucoup à ne jamais voir le jour sur disque. Mais il en fut autrement. Par une envie de leur trouver une nouvelle vie, délivrée de leur contexte d’origine, elles nous invitent à leur ré-inventer une histoire, musique pour un film absent. Ce film, ce sont ces paysages qui viennent et repartent, à suspendre le temps, le temps d’un reflet dans une vitre...






Pièce de théâtre: Molly au Château, de Geneviève Damas, 2007
Musique, Piano, Fender Rhodes, Epinette: Jean-Philippe Collard-Neven
Album: Incidental Music, 2009, Sub Rosa

1) L'arrivée au château
2) Les ailes
3) De Banyuls à Menton


Pièce de théâtre: Le soleil dans la cheminée, de Martine Godard, 1998
Musique, Piano: Jean-Philippe Collard-Neven
Album: Incidental Music, 2009, Sub Rosa

1) Maman

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lundi 21 mars 2011

Indécente "Earth Hour"


Le 26 mars, nous serons de nouveau appelé à participer à "Earth Hour".

Earth Hour : Un dissident

Ross McKitrick


En 2009, un journaliste m'a demandé ce que je pensais de " Earth Hour ". Voici ma réponse

Je hais Earth Hour. Une électricité abondante et bon marché a été la plus grande source de libération de l'homme au 20ème siècle. Chacune des avancées sociales matérielles a dépendu de la profusion d'électricité bon marché et fiable.

Donner aux femmes la liberté de travailler à l'extérieur n'aurait pas été possible sans la disponibilité des appareils électriques qui libèrent le temps des tâches domestiques. Sortir les enfants des tâches subalternes pour qu'ils aillent à l'école a dépendu de la même chose, comme la possibilité de leur donner une source saine de lumière domestique pour lire. Le développement et la fourniture de soins modernes sans électricité est absolument impossible. L'expansion de l'offre de nourriture, et la promotion de l'hygiène et de la nutrition, supposent qu'on soit capable d'irriguer les champs, de cuire et de réfrigérer les aliments, et d'avoir un approvisionnement régulier d'eau chaude à la maison.

Beaucoup des plus pauvres du monde souffrent de conditions environnementales brutales à l'intérieur de leur propre maison, à cause de la nécessité de cuire les aliments dans des foyers intérieurs où ils brûlent des brindilles et de la bouse. Cela entraîne une déforestation locale et le développement d'affections respiratoires liées à la fumée et aux parasites
[NDT : d'après l'OMS, la première cause de mortalité dans les pays "à faible revenu" est "Infections des voies respiratoires inférieures" (2,94 Millions de morts), et l'inhalation de fumées domestiques en est une cause déterminante].Quiconque voudrait voir la situation du tiers monde s'améliorer devrait reconnaître l'importance de l'accès à une électricité bon marché, en provenance de centrales à combustibles fossiles. Après tout, c'est comme cela que l'ouest s'est développé.

L'ensemble de la mentalité qui entoure Earth Hour diabolise l'électricité. Je ne peux faire cela, au contraire, je la célèbre, pour elle-même et pout tout ce qu'elle a amené à l'humanité. Earth Hour célèbre l'ignorance, la pauvreté et le retour en arrière. En répudiant le principal outil de libération, elle devient une heure dédiée à l'antihumanisme. Elle encourage le geste bigot d'éteindre d'insignifiants appareils pendant une durée insignifiante, en signe de respect pour une abstraction mal définie nommée "La Terre", tout en conservant hypocritement les bénéfices réels d'une électricité fiable et continue. Ceux qui voient quelque vertu à se débrouiller sans électricité devraient arrêter leur frigidaire, leur chauffage, leur four à micro-ondes, leur ordinateur, leur chauffe-eau, leurs lumières, leur télévision et tous leurs autres appareils pendant un mois, pas une heure. Et devraient aussi faire une descente à l'unité de cardiologie de l'hôpital pour y couper le courant.

Je ne veux pas retourner à la nature. Rendez-vous en un endroit frappé par un tremblement de terre, des inondations et des cyclones pour voir ce que c'est que le retour à la nature. Pour les hommes, vivre dans la "nature" a signifié une courte durée de vie marquée par la violence, la maladie et l'ignorance. Ceux qui travaillent pour la fin de la pauvreté et le soulagement des maladies combattent contre la nature. J'espère qu'ils laisseront leurs lumières allumées.

Ici, en Ontario, grâce à l'utilisation de procédés de contrôle de la pollution et de technologies avancées, la qualité de notre air s'est considérablement améliorée depuis les années 1960, malgré l'expansion de l'industrie et de l'offre de courant électrique. Si, malgré cela, nous devons adopter le point de vue que les pollutions aériennes résiduelles dépassent tous les bénéfices de l'électricité, et que nous devons avoir honte et nous asseoir dans le noir durant une heure, comme des garnements qui ont été attrapés à faire quelque chose de mal, cela veut dire que nous faisons passer la pureté de la nature comme un idéal absolu et transcendant, qui oblitèrerait tout autre obligation éthique et humaine. Non Merci.

J'aime rendre visite à la nature, mais je ne veux pas y vivre, et je refuse d'accepter l'idée que la civilisation, avec toutes ses contradictions, soit une chose dont nous devrions avoir honte.


Ross McKitrick

Professeur d'économie

Université de Guelph
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Traduction: http://www.skyfall.fr/?p=760

lundi 28 février 2011

Beauvois, SOS Racisme & Gainsbourg



La cérémonie des César c’est toujours un peu pitoyable. Et cette année la démonstration ne fut pas bien longue. Alors, comme il est de bon ton sur ce blog d’épingler tous les connards qui croient faire une bonne action, commençons ce billet de rentrée par Xavier Beauvois (comment ça ce n’est pas la rentrée?).
Parce que Xavier Beauvois, au lieu d’être content d’avoir remporté 3 oscars pour son pseudo-film consensuel, a jugé bon de faire un discours à l’image de son film, comme seul on sait le faire en France. Parce que Xavier Beauvois fait partie de ces élites complètement déconnectées de la réalité. Parce que notre cher ami a dénoncé un «mauvais climat» en France: «intolérable» Brice Hortefeux, «immonde et sournois» Eric Zemmour. Ohlàlà le coup de gueule! Tellement coup de gueule que Xavier Beauvois a décidé le temps d’un soir de devenir philosophe. Et pas n’importe quel philosophe, philosophe de comptoir: "Il ne faut pas avoir peur des autres, il faut se parler et quand on se parle ça va". Et : "J’ai pas envie que dans la campagne électorale qui arrive on dise du mal des Français musulmans, j’ai envie qu’on soit avec eux". C’est sûr que sans les Hortefeux, Zemmour ou Dieudonné (d’ailleurs pourquoi mélanger ces trois-là...) tous les français se tiendraient par la main et tout le monde voterait à gauche.

En vérité, Xavier Beauvois a parlé de choses dont il a entendu vaguement et a tenté de nous faire croire qu’il avait un avis sur la question. Xavier Beauvois est un faux-cul qui a profité de sa notoriété pour nous délivrer un message sans profondeur, sans développement, sans valeur intellectuelle analytique. Rien. Vide de sens. D’ailleurs, revenons un instant sur un extrait de son discours:



- Beauvois : "... intolérables comme Hortefeux... et... "
Applaudissements qui démarrent
- Beauvois : ... voilà !"



Voilà! Les dés sont jetés, les larmes coulent. Combien de gens, par leur seule adulation tête baissée, ont vibré à ces mots creux, ont acquiescé sans concession à une affirmation que seule la médiatisation est parvenue à rendre doucereuse, valide, presque intellectuelle. L’humanisme dégoulinant du monde artistique n’a rien perdu de sa saveur. Les mines graves et sérieuses dans l'assemblée en attestent!


Pendant ce temps, les antiracistes de SOS Racisme présidés par Dominique Sopo, amis obligés de Xavier Beauvois, jouent à la police de la pensée. Il y a une chose pour laquelle je ne pourrai jamais être de gauche, c’est ce que l’on appelle l’ingérence dans la vie d’autrui. Il y a quelques semaines, Jacques Attali nous expliquait becs et ongles qu’on arrêterait de fumer pour un mieux économique. Ou encore Serge Klarsfeld qui a fait pression sur Frédéric Mitterand pour ne pas célébrer Céline. A présent, profitant du verdict du procès-mascarade d’Eric Zemmour - ce qui est une escroquerie intellectuelle en regard dudit verdict rendu - les associations telles que le CRAN ou SOS Racisme nous expliquent à la moindre complaisance envers le chroniqueur de Ruquier que la République va vers la «dérive». Mais en quel nom ces amoureux des sangsues - qui n’ont jamais dû balayer devant leur porte car le racisme anti-blanc on ne connait pas visiblement - peuvent-ils nous dire ce qui est bon pour nous, ce que l’on doit ou ne pas penser-faire? En quoi leur vision de la République est plus saine que la mienne?
En 2005, Sopo parlait dans un essai du problème de surdélinquance chez les immigrés, étude du CNRS pour le Sénat à l’appui. Aujourd’hui les petits flics antiracistes vous envoient devant le tribunal pour les mêmes paroles. Comme s’il y avait deux libertés d’expression. Parfois, j’ai juste envie de me dire une chose: nous sommes foutus.


Heureusement on va fêter le 20ème anniversaire de la mort de Serge Gainsbourg ce 2 mars. Le temps pour moi de célébrer son génie, musical, littéraire et intellectuel. Car si on peut tout à fait le détester, le personnage ou l’artiste, il est une qualité que l’on ne peut lui enlever, c’est la cohérence de la vision qu’il avait sur son oeuvre. Toute sa vie, d’une interview avant Melody Nelson jusqu’à la célèbre altercation télévisuelle avec Guy Béart, il n’aura de cesse de se revendiquer d’un art mineur. Lui dont le père adorait la musique classique jusqu’à l’en traumatiser, cette musique que Gainsbourg admirera, qu’il empruntera dans ses chansons, et qui va le complexer pour toujours. La distinction art mineur-art majeur n’était pas idiote. Il parlait d’initiation pour les art majeurs comme la peinture, la littérature. Ceux qui se sont rapprochés de cette distinction furent les musiciens populaires les plus appréciés: Brel trouvait ridicule qu’on le nomme poète, McCartney a tenté l’écriture d’un oratorio, Hergé a essayé la peinture.
Et finalement, les arts majeurs au XXème siècle devenant tellement éloignés du public, ce sont les arts mineurs qui furent auréolés d’un prestige inédit. Gainsbourg avait vu juste.

Et surtout finalement, est ce que les provocations, les pensées de Gainsbourg auraient survécu au rouleau compresseur idéologique d’eau tiède de notre XXIème siècle? Car ce qui choquait normalement à l’époque aurait peur d’être transposé à notre monde actuel. Il n’y a pas d’équivalent aujourd’hui.



«Qu’est-ce que la misogynie? C’est voir les choses comme elles sont.»



Plus Doux Avec Moi - Charlotte Gainsbourg et Serge Gainsbourg. Album "Lemon Incest" de Charlotte Gainsbourg.
Influence de Nabokov, Charlotte ayant 15 ans lors du tournage de Charlotte For Ever.


jeudi 23 décembre 2010

Voix Baltes


Pendant la période de Nöel, et même tout l’hiver, il m’est toujours jouissif d’écouter des oeuvres nordiques pour chorales. Un peu comme un rituel. C’est limite kitsch je sais...mais un paysage enneigé avec des voix baltes et vous vous dites d’emblée que c’est la meilleure symbiose possible. Mais c'est surtout, au-delà du symbole, que je n'attends pas l'hiver pour me nourrir de cette musique. Car oui cette musique me nourrit. Ces pays de traditions, où la voix était un moyen de résistance, le seul espace de liberté où le peuple pouvait s’exprimer.


Mysticisme, recueillement, poésie, je n’ai que des mots-bateaux pour décrire la plénitude - parfois guerrière - de ces musiques transcendantes qui sont l’ expression d’une élévation impossible à traduire littérairement.

Alors voici 3 morceaux de compositeurs contemporains qui ne nécessitent pas de commentaire. La musique suffit à elle-même, comme souvent dans toutes belles musiques.
Je voue un culte particulier au Dona Nobis Pacem de Peteris Vasks, compositeur letton dont j’aurai l’occasion de reparler en détails prochainement. Goûtez à cette version avec orgue par le Latvian Radio Choir.


Pēteris Vasks (1946): Dona Nobis Pacem
Latvian Radio Choir, Dir. Sigvards Klava



Cyrillus Kreek (1889-1962): Maga, Maga Matsikene
Estonian Philharmonic Chamber Choir, Dir. Paul Hillier




Erik Bergman (1911-2006): Lapponia Op.76: Jaaniöö
Estonian Philharmonic Chamber Choir, Dir. Paul Hillier

jeudi 9 décembre 2010

Les artistes engagés


J’ai toujours éprouvé un profond dégoût pour les artistes dits «engagés». Tout d’abord entendons-nous sur le terme artiste. J’ai bien réfléchi avant d’écrire mais je ne vois pas comment appeler autrement ce que l’on pourrait nommer aisément «singes de carnavals» ces «chanteurs de variétés» ou ces «écrivains» (ce sont les plus dangereux d’ailleurs car il suffit que vous soyez catalogués «écrivain» et vous voilà d’emblée investis d’un pouvoir de parole auquel les véritables intellectuels ont depuis longtemps renoncé).
Car ensuite, à part divertir, ces imbéciles finis n’ont pas d’autres talents que massacrer «l’art» qu’ils pratiquent, et gueuler dans les médias des inepties politiques, philosophiques (sauf Amel bent qui n'a qu'une philosophie: "être acceptée comme je suis"), que - évidemment et c’est triste - la ménagère de 50 ans va applaudir comme un musulman va se prosterner chaque vendredi devant le sermon de son imam favori.

Le dernier en date, et même si ce n’est pas un artiste - à moins que «ancien footballeur converti dans de piètres publicités » le soit mais j’en doute - s’appelle Eric Che Cantona. «L’appel d’Eric Cantona à vider nos comptes en banque». Mais de qui se moque-t-on? C’est sûr que la jouer anti-capitaliste primaire quand on a un compte en banque que les prolétaires auxquels ils s’adressent n’auront jamais au bout de leur vie, ça le fait vachement crédible. Et puis après quand on a le fric en poche, on fait quoi? Ça il ne l’a pas dit. Et puis bon, quand on veut être révolutionnaire, on ne crie pas une date publiquement. Parce que créer un groupe Facebook avec 40000 personnes qui adhèrent c’est une putain de révolution. Evidemment ça a fait un flop, même Eric Che Cantona ne s’est pas présenté le 7 décembre.

Et puis les artistes «engagés» la plupart du temps c’est de l’eau tiède, un ramassis d’idées pauvres. A l’image de ceux qui les adulent finalement. Franchement, quelle personne censée peut apprécier envers et contre tout Jean-Félix Lalanne? Qui veut applaudir Christophe Willem quand il appelle à un monde où tout le monde arrête de se détester? Ou sur un ton encore plus faussement intellectuel Zazie avec son «tout le monde il est beau»? Voire cette magnifique phrase qu’elle a prononcé chez Ruquier et qui nous montre à quel point ces artistes ne sont que l’ombre de ce qu’ils prétendent être: «Je préfère un peu plus ceux qui essayent à ceux qui critiquent». Ben voyons. On est artiste ou on ne l’est pas. On accepte la critique ou on décide de ne voir que ses moutons bêlants à tous les concerts. Ceci peut s’appliquer aisément aux Willem, Lalanne ou, cerise sur le gâteau, Cali. Ces étendards d’un monde où le complot est partout (mais pas de complot juif, dommage), où l’on rêve à foison d’égalité à vomir, de bisous tout plein. Un monde de copinage médiatique et d’intellectualisme déjanté. Et c’est tellement subversif que ça se revendique «engagé». Les bobos jouissent plus qu’une nymphomane après une double pénétration. C’est qui le subversif ici? Celui qui veut hiérarchiser l’artistique ou l’autre qui met tout sur un même pied d’égalité au mépris des fondements-mêmes des arts? La pensée dominante me fait pencher pour le premier.

Alors je vous vois déjà venir, non je ne suis pas contre la liberté d’expression, si j’accepte les idées des autres. Mais ya des limites. Je n’ai aucune légitimité dans d’autres domaines que l’artistique et si je viens demain à être interviewé sur disons au hasard l’actualité politique, je ne me poserai pas en mec «qui n’a aucune idée mais qui veut quand même bien montrer qu’il n’en a pas au point de les faire passer pour des idées». Je prendrai des pincettes. Parce que sinon on peut commencer très tôt, Camélia Jordana en est un bon exemple.
Cette connasse jeunette de 17 ans nous expliquait avec la plus grande naÏveté que la laïcité c’est mal (en répétant au moins 20 fois «‘fin je sais pas moi ça me dépasse, je comprends pas» - ah ça oui tu n’as rien compris c’est sûr) et qu’elle ne voyait pas pourquoi on ne veut pas en France de femmes portant la burqa dans certaines circonstances. Moi je vois, pas vous?

C’est comme ces écrivaines féministes qui écrivent un roman plus pour le féminisme que la littérature. Ce sont les pires avec les faux-intellectuels à la Michel Onfray. Ou intellos de supermarché, entre rayon boucherie et poissonnerie. Tous les clichés y passent et ça marche. Les gamines adolescentes après lecture du livre vont vous expliquer que les filles en 2010 vivent comme au moyen-âge et se sentent d’un coup révolutionnaire (si si je vous assure, j’ai plusieurs fois vomi d’étonnement).
Le mot «droit» est tellement à la mode que Caroline Fourest nous explique le plus naturellement du monde que «le lesbianisme est une forme de rébellion à l’ordre patriarcal». Olé! REVOLUTION quoi. Tous homosexuels, voilà la vraie solution! On chantera tous Benoit Tourne Toi et on deviendra d’un coup complètement moche, comme toutes les féministes - hommes compris puisque certains se revendiquent comme tels ; pas de discriminations hein - ce qu’on ne peut pas dire. Mais moi j’ai quand même envie car c’est souvent une constante. Ça fait «moches aux cheveux gras mal-baisées». Elles feraient bien de s’interroger sur ce point.

Ce blog devrait normalement parler musique. Alors imprégnons nous des misères du monde, culpabilisons nous européens damnés par le consumérisme et l’individualisme. Et soyons (rRrrrRrrhhrr)assis par terre pour mieux comprendre le sort d'un sdf, comme Louisy Joseph! Ou encore crevons la main sur le coeur car je sais pertinemment que vous voulez de l'amour, de la joie, de la bonne humeur, et que ce n'est pas mon argent qui fera votre bonheur. N'est ce pas Zaz...(excusez moi d'étouffer de rire - en sachant que le sentiment suivant est l'envie de l'étouffer à coups de cadavres de bébés en décompositions).
J’espère que vous vous sentirez engagés après vous être dits «c’est tellement vrai ce qu’elle chante». Si si, ce blog se veut éclectique, un peu trop vu certains billets.


Maintenant imagines-toi dans ta voiture, bloqué dans les embouteillaaaaaages!

Et le meilleur, l'inégalable Pierre Desproges dans "L'artiste dégagé":


Et hop, voilà ce fut un résumé de sucs gastriques versés depuis quelques années au nom du dégoût du trop plein de bonnes intentions. Un zoom sur le pitoyable. Finalement les chiens sont plus engagés sur les paquets de croquettes qu'Eric Cantona pour vendre des Renault Laguna.

jeudi 2 décembre 2010

Blues for Oscar



"Easy Listening Blues"
Oscar Peterson Trio (Joe Pass, guitare; Niels Pedersen, Contrebasse)


Inutile de lire ces quelques mots si vous n’avez pas préalablement écouté le morceau ci-dessus. Parce que finalement mes mots n’ont que très peu d’importance face à ce que vous avez à entendre. Je suis comme un peu de trop. Mais j’en ai encore les frissons de circonstance, cet état léthargique mi-fesses serrées mi-souffle éreinté d’avoir pris à coeur de profiter de chaque notes, de m’être contorsionné de la tête aux pieds à chaque inflexion divine.

Car on y est. Dans une certaine conception de la perfection du jazz ou plus précisément du blues. Un thème simple, une dextérité sans faille (virtuose et mélodique), des compagnons de haute tenue - écoutez la contrebasse - et puis ce petit plus qui capte l’instant présent, cette communication jouissive entre les musiciens (eux-mêmes) et le public - après la première minute. A partir de ce moment, tout le monde est chaud et la suite du morceau s’en ressent. On était en 1973, un soir de mai, à la «London House» de Chicago. Un soir immense de sueur et de plaisir.

(un autre trio que celui entendu, le bassiste de toujours, Ray Brown et le guitariste Herb Ellis)

Chose rare dans le blues où l’on peut avoir l’impression qu’on a vite fait le tour: ici l’improvisation se renouvelle sans cesse. Tout en sachant que vous n’avez ici qu’un extrait du concert, car il faut savoir que les deux morceaux précédents étaient déjà des blues qui ensemble ont duré 20 minutes.
Comment est-ce possible? La réponse est limpide: Oscar Peterson (1925- 2007); le son du jazz classique indémodable, toujours en perpétuelle quête d’un équilibre sonore soigné.
Un de mes premiers contacts avec le jazz. Et quel contact! J’y reviens encore et toujours. J’aime Petrucciani, j’uberkiffe Tyner (je ne vois pas d’autre synonyme), j’aime la nouvelle génération mais écouter Oscar Peterson est une leçon et une source d’inspiration continue. Il n’a jamais vraiment quitté le style classique même s’il avait compris les avancées de ses contemporains comme celles de Bill Evans. Il avait cette virtuosité à la Art Tatum, cette façon de faire sonner son piano, ce swing, l’aisance dans les variations harmoniques, ce blues qu’il sublimait comme peu ont réussi; toutes les caractéristiques d’un monstre de la musique.
Il travaillait six heures par jour son instrument, une à deux heures vers la fin de sa vie, preuve qu’il n’a jamais cessé de vouloir le meilleur de lui-même.



"Django"
Oscar Peterson
1970, Album solo "Tracks"

Oscaaaaaar je t’aime! (calqué sur «Braaaad» pour Brad Mehldau même si j’en conviens, ça a plus de gueule pour ce dernier)

jeudi 25 novembre 2010

Listes


J’aime faire des listes.
J’apprécie beaucoup Charles Dantzig. Lui il est fort pour écrire des listes. Certes je ne l’ai pas attendu pour en créer de ma propre plume mais son livre «Encyclopédie capricieuse du tout et du rien» est une vraie mine d’or. Et ceux qui objecteront que c’est un peu creux, qu’ils n’y voient pas d’intérêt, moi je leur dis, pourquoi y voir de l’intérêt...Pourquoi diable toujours chercher dans ce bas-monde de l’intérêt dans ce que l’on fait quand on trouve quelque chose simplement agréable? Un ami avait pour leitmotiv détourné «joindre le futile à l’agréable». C’est exactement ce que je prône aussi. Parce qu’on disait la même chose de Twitter lors de sa création alors que maintenant être sur Twitter c’est devenu presque normal. Pour être un des premiers à l’avoir utilisé (oui oui c’est un des grands achèvements de ma vie) je peux vous conter ces regards troublés, ces questionnements à la pelle, ces incompréhensions continues, ces «ça ne sert à rien» envoyés en pleine figure comme de vulgaires fléchettes; ces mêmes-personnes qui un an après ont adulé et adulent toujours Facebook, symbole du «super-concept-à-la-base-mais-dévoyé-comme-tout-ce-qui-devient-populaire». Une sorte de poubelle géante comme l’est la terre. La place publique des états d’âme, des polices virtuelles, un zoom sur la bêtise humaine aux sens orthographiques et syntaxiques du terme. C’est bien pour cette raison que mes publications se limitent principalement à l’artistique et l’intellectuel.

Bref, tout ceci en parlant de Charles Dantzig, roi des listes. Et pour en revenir aux miennes, je peux vous certifier que la première des premières, c’est un fichier texte ouvert en permanence dans mon Mac, qui fait office de bloc-notes, et qui me sert à noter toutes les références discographiques, littéraires, de partitions ou concerts qui m’intéressent. Certaines reviennent plusieurs fois comme par exemple «Abel Paolo Pandolfo Glossa 15€» que je viens d’acquérir après des mois de croupissement textuel.

Il y en a certaines qui ne sont pas prêtes d’être consultées mais qui résistent au temps: «Complete Recordings Riverside Thelonious Monk, 50€».
Il y en a des pages. Et c’est intéressant de relire ses anciennes envies, laboratoire où on peut déceler des bijoux oubliés tout comme des suggestions ridicules. Mais soyons plus formels, j’ai déjà écrit quelques vraies listes. Aujourd’hui je vous soumets celles-ci:


Liste de plaisirs solitaires plutôt singuliers:


- Boire un thé vert au gingembre dans un petit salon et lire des lettres de Mozart dans une édition de 1928.

- Ecouter My Favorite Things version John Coltrane en s’arrêtant de penser, béat, durant le solo de McCoy Tyner.

- Lire les poèmes du recueil "La vie unanime" de Jules Romains à la Belle Hortense (Bar à vins littéraire), Paris dans le Marais, avec un vin blanc de derrière les fagots (cela va de soi) et des toasts au chèvre-confiture d’orange.

- Trainer Au Vieux Saint-Martin, Place du Sablon à Bruxelles, après avoir reçu des disques chez Outhere, sortis nulle part ailleurs que dans cette maison-mère avant la sortie officielle.

- Improviser sans véritablement savoir improviser, au piano sans avoir appris le piano, sur «Never Stop (Instrumental)» des Brand New Heavies. Surtout quand ça donne quand même quelque chose.

- Chanter «J’ai mangé une pizza au pepperoni et ça m’a goûté surtout à midi, oh oui» sur un blues improvisé, plus vrai et plus maitrisé que B.B. King.

- Lire un article sur Paolo Lorenzani dans la Revue Musicale d’août 1922.

- Rêver qu’on tue Renan Luce, Raphaël et Lady Gaga, avec de l’huile bouillante façon miniature du XVème siècle.

- Ecrire cette liste.



Liste de tares cachées sous pseudo-posture intellectuelle:


- Analyser les textes de Zazie (une variante consiste à remplacer Zazie par Grand Corps Malade, mais dans ce cas je ne réponds plus de rien).

- Citer Michel Onfray lors d’une discussion familiale sur la psychanalyse.

- Lire un roman d’Amélie Nothomb Boulevard St-Germain.

- Voir en Vincent Delerm l’incarnation de la nouvelle chanson française.

- Ne pas aimer cette liste car «trop condescendante».



Amis du name-dropping, vous voilà servis. Ennemis du name-dropping, cultivez-vous. Je sais, j’aime forcer ce trait qu’est le plaisir aristocratique de déplaire, comme le disait si bien Baudelaire.



The Brand New Heavies - Never Stop - 1991